Nous sommes plus de 4,4 millions d’indépendant·es en France. Des artisans, des commerçants, des professions libérales, des freelances de la tech, de la culture, du soin, etc. Nous travaillons sans relâche, souvent sans filet de sécurité et sans jours fériés et nous faisons vivre, nous aussi, nos territoires et l’économie de notre pays. Le 10 septembre, nous cesserons le travail. Parce que le budget d’austérité que souhaite imposer le gouvernement menace directement nos vies et nos métiers
Face à cet énième coup porté aux justices sociale, environnementale et fiscale ; les appels à la mobilisation le 10 septembre prochain se multiplient. La contestation populaire se présage, s’anime et se dresse face aux attaques frontales et répétées aux conditions d’existence des Français•es.
Mais comme souvent, manquent à l’appel beaucoup de travailleur•ses indépendant•es. Pourtant, il est un leurre de penser que nous sommes à l’abri de ces mesures, voire bénéficiaires de cette politique. En subventionnant les grandes entreprises, en augmentant le temps de travail, en diminuant les normes sanitaires et de sécurité (ex : pesticides), nous ne gagnons pas davantage de débouchés. Nous perdons sans cesse des marchés au profit de ces grands groupes.
La logique est simple : moins de financement public, c’est moins d’hôpitaux, moins d’écoles, moins de transports collectifs, moins d’aides au logement, moins d’aide à la parentalité, moins de chômage ; qui a pourtant permis à tant d’indépendant•es de lancer leurs activités. Ce sont des coûts supplémentaires que nous devons payer directement. Moins de protection sociale, c’est plus d’assurances privées, plus de factures médicales, plus de précarité alors que les contrats se font rares. Moins de services publics, c’est moins de crèches et toujours plus de précarisation, notamment des travailleuses.
En résumé, pour nous, indépendant·es, ces coupes auront trois effets directs :
- Moins de clients : quand le pouvoir d’achat baisse et que les commandes publiques se raréfient, notre chiffre d’affaires chute.
- Plus de charges : si les services publics reculent, c’est à nous de payer plus pour la santé, les déplacements, la formation, la garde des enfants.
- Davantage de précarité : Réduire encore les protections sociales, c’est laisser tomber celles et ceux qui traversent un creux d’activité ou sont dans des situations de burn-out, par exemple.
Le pouvoir espère nous diviser : salarié·es contre indépendant·es, secteur privé contre secteur public. Mais en réalité, nous sommes confronté·es à la même logique d’exploitation : dans le salariat, par l’augmentation du temps de travail et la casse des droits ; dans l’indépendance, par la mise en concurrence féroce au service des grands groupes et la précarisation constante.
Nous n’avons aucun intérêt à rester spectateurs. Le travail des indépendant·es est tout aussi disqualifié que celui des salarié·es. Moins de revenus, c’est moins de dépenses dans nos activités. Ce cercle vicieux a trop duré. Nous avons tout intérêt à unir nos forces. En rejoignant la mobilisation, nous affirmons que notre travail, nos activités sont au service de nos besoins et de ceux de la collectivité.
Parmi vous, certains ont pu faire le choix du travail indépendant et beaucoup l’ont fait pour la liberté. Mais aucun d’entre nous n’est libre tant que nous ne le sommes pas tous·tes. Le 10 septembre, fermons nos ordinateurs, nos ateliers, nos cabinets, nos chantiers. Retrouvons-nous dans la rue aux côtés de toutes celles et ceux qui refusent l’austérité et la destruction des biens communs. En haut, ils ne peuvent plus. En bas, on ne veut plus. Travailleur·ses indépendant·es, notre force est dans notre unité. Rejoignons la mobilisation.
Tribune rédigée par Laura Besson & Thomas Burbidge ; travailleur·se indépendant·e
