Article écrit par Perrine Berthier
URSSAF, taxe CFE, impôt libératoire, compte bancaire dédié, seuils de TVA… En une quinzaine de minutes à lire Linkedin, à écouter les podcasts d’info-preneurs ou en scrollant sur Threads à l’occasion de ton énième afterwork, tu tomberas souvent sur ce discours : nous autres, indépendants, sommes très trop taxés, à tel point que cela « nous » empêcherait de prospérer grâce à « notre » dur labeur. Ce discours néo-libéral pullule sur internet et occulte une réalité bien plus nuancée et répandue : celle des indépendant·es aux revenus peu élevés qui ne savent pas comment bénéficier de leurs droits.
Premièrement, prenons un peu de recul et rappelons quelques chiffres autour de l’entrepreneuriat :
- En 2023, au moins 10 % des TI classiques ont déclaré un revenu déficitaire ou nul, 25 % ont déclaré moins de 9 517 euros de revenu. La médiane se situe à 28 851 euros de revenu. 25 % ont un revenu 2023 supérieur à 55 425 euros.
- En 2021, dans le Grand Est, ce sont seulement 3 entrepreneurs individuels sur dix qui déclarent un revenu mensuel supérieur au SMIC
- Un micro-entrepreneur sur deux gagne moins de 340 euros par mois
- À secteur identique, les femmes non‑salariées classiques gagnent 30 % de moins que les hommes
Loin du SMIC Linkedin autoproclamé à 10K/mois, le statut d’indépendant fait souvent rêver mais il peut être difficile de tirer son épingle du jeu capitaliste et de perdurer. Sans réseau professionnel, sans possibilité d’investissements au démarrage, sans patrimoine économique et culturel, les obstacles de l’indépendance ont de quoi effrayer les plus téméraires. Toujours est-il que notre pays propose néanmoins des solutions pour palier aux montagnes russes du chiffre d’affaires. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, mes cher·es indépendant·es, vous ne cotisez pas en vain, vous avez des droits, certains dont vous n’avez peut-être même pas connaissance.
Tour d’horizon de quelques aides auxquelles tu peux prétendre en tant qu’indépendant :
1 / Aides économiques
L’une des plus connues en France, qui permet chaque année à des demandeurs d’emploi inscrits auprès de France Travail de se lancer en tant que travailleur indépendant : c’est ACRE : l’Aide à la Création ou Reprise d’Entreprise qui permet de bénéficier de taux réduits sur le calcul de vos cotisations les premières années de ton activité. En parallèle, si tu as déjà travaillé comme salarié avant de lancer ta boîte et que tu es inscrit comme demandeur d’emploi, tu peux sous certaines conditions bénéficier de tes ARE : Allocations de Retour à l’Emploi. Lors de chaque actualisation, tu devras indiquer à France travail le montant de tes déclarations de chiffre d’affaires et ces derniers compléteront à hauteur de tes droits au chômage.
Exemple très simplifié : si tu as droit à 1000€ d’assurance chômage et que tu déclares 500€ de chiffre d’affaires auprès de ton URSSAF, France Travail te versera les 500€ restants.
En cas de coups durs, il existe aussi des aides ponctuelles. On retrouve ce type de mesure avec le dispositif Help mené conjointement par l’Urssaf, le Conseil de protection social des Travailleurs indépendants qui peuvent apporter différentes aides : aide aux cotisants en difficulté, aide d’urgence CPSTI aux actifs victimes de catastrophe et intempéries, aide financière exceptionnelle et accompagnement au départ à la retraite.

2/ Le droit à la santé
Entre les fermetures de lits d’hôpitaux, les discours autour du « trou » de la sécurité sociale et la volonté politique de faire porter le coût de la santé sur les malades, on aurait presque tendance à oublier que la santé représente un droit fondamental.
Dans ce cadre, le référent ultime reste le site Ameli.fr. Si de nombreux indépendants optent pour une mutuelle privée capable d’assurer une part de remboursement importante en cas d’accident du travail, d’autres aux revenus plus modestes se tournent vers Ameli. La complémentaire solidaire de santé (CSS autrefois appelée CMU) permet à chaque entrepreneur de bénéficier d’une complémentaire santé qui couvre une majorité des frais médicaux. Une solution qui semble idéale quand la trésorerie se fait plus rare. Et à en croire une majorité de vos retours, 2025 ne rimait pas souvent avec grande prospérité.
L’ensemble de vos cotisations vous ouvre également des droits en cas d’arrêt maladie, si vous devenez parents ou si vous devez faire face à un accident de travail. Chaque situation mérite néanmoins d’être examinée dans le détail, aussi mieux vaut vous rapprocher d’un conseiller CPAM pour vous informer et anticiper ces situations. Vous êtes entrepreneurs mais vous êtes avant tout humain et aucun projet ne devrait nécessiter de travailler quand vous n’êtes pas en état de le faire.
3/ Le droit à la formation
Au-delà des centaines d’organismes d’e-learning, de formation Qualiopi et Datadoc en tous genres, tu peux te former auprès d’un organisme de formation conventionné au même titre qu’un salarié qui voudrait utiliser son compte CPF.
Et oui, les indépendant·es cotisent aussi pour ce type de dispositifs. Tu peux connaître ton organisme de rattachement en téléchargeant dans ton espace personnel URSSAF l’attestation de versement de la contribution au Fonds d’assurance formation. Selon les montants de ton année N-1, tu auras cotisé pour t’aider à financer une formation.
L’ensemble des mesures évoquées ici dépend grandement de ton chiffre d’affaires. Comme on l’a constaté en intro, le fossé inégalitaire se creuse de plus en plus et nous ne dérogeons pas à la règle. Alors que faire pour ne pas se faire bouffer tout.e cru.e par le capitalisme ? Je dirai que cela tient en 3 mots : s’informer, se rassembler, résister. Et surtout, prendre conscience des mécanismes derrière nos droits pour s’assurer de leur pérennité.
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L’épisode de podcast « Paye-t-on trop d’impots quand on est entrepreneur ? »
- Lien épisode youtube : https://www.youtube.com/watch?v=nnlTOFR84sk
- Lien épisode podcast : https://podcast.ausha.co/bien-dans-ta-boite/on-paye-trop-d-impots-quand-on-est-entrepreneur
Sources des chiffres :
https://www.insee.fr/fr/statistiques/8252860
Photo de couverture : Photo de Keenan Beasley sur Unsplash
